De la modélisation animée à la création : le travail de Gérard Lecomte pour « Emilie du Châtelet »
Extrait de l’article de Louis Faure dans AS n°170
Le livret a été écrit par Amin Maalouf qui s'inspire de la vie et des travaux d'Émilie du Châtelet (1706-1749). Elle est considérée aujourd'hui comme la première femme de science européenne. Elle fut mathématicienne, physicienne, elle aimait l'art, les bijoux, les jeux de hasard et aussi les hommes. Elle fut la compagne de Voltaire.
Durant les neuf scènes de cet opéra, on côtoie des figures célèbres telles que Newton, Maupertuis et bien sûr, Voltaire qui pour son épitaphe a écrit :
« L'univers a perdu la sublime Émilie,
Elle aima les plaisirs, les arts, la vérité,
Les dieux, en lui donnant leur âme et leur génie,
Ne s'étaient réservés que l'immortalité ».
La partition, écrite par Karita Mattila entre 2008 et 2009, mélange les percussions métalliques et le clavecin pour créer ensemble une boîte à musique qui semble déréglée. Émilie du Châtelet est une commande du Barbican Centre de Londres, de la Fondation Gulbenkian et de l'Opéra de Lyon.
La mise en scène est de François Girard : metteur en scène et cinéaste à la carrière déjà bien remplie sillonnée de récompenses, notamment l'Oscar de la meilleure musique pour Le Violon rouge en 1998. Il débute à l'opéra en 1997. Il vient de terminer la mise en scène de Zed, spectacle du Cirque du Soleil à Tokyo.
La scénographie est conçue par François Seguin. Scénographe prolifique, il a débuté il y a une trentaine d'années. Très jeune, il s'intéresse au spectacle vivant, il travaille pour des petites compagnies. Après des études de scénographie, il aborde le cinéma pour l'adaptation d'une pièce de théâtre dont il avait conçu le décor. Il est aux côtés de François Girard depuis Le Violon rouge.
Le décor est une tournette de douze mètres de diamètre constituée de sept anneaux concentriques tous indépendants. La première idée fut de représenter les bustes de Voltaire, Newton et les autres ; mais très vite, les planètes se sont imposées au metteur en scène comme au scénographe.
François Girard souhaite mille et une combinaisons ; étant un homme précis, il donne très vite les positions des planètes pour chacune des neuf scènes en les annotant sur la partition. Ce qui a permis d'avancer sur le logiciel de commande des moteurs.
La construction
Voici ce que raconte Edouard Gouhier, responsable de l'atelier de construction de l'Opéra de Lyon :
Lors de la présentation des esquisses du dispositif scénique de François Seguin, nous avons eu le sentiment d'un décor sortant de l'ordinaire, d'une « machine » complexe, mais, dont la fiabilité et le rendu final lui conféreraient un « rôle » à part entière dans la mise en scène imaginée par François Girard. Chacune des sept planètes représente l'un des personnages de la vie d'Émilie du Châtelet.
Alors, nous avons fait appel à deux personnes dont les travaux très complémentaires ont permis de faire évoluer le projet et de valider les choix de conception.
Tout d'abord, la saisie en 3D par Gérard Lecomte – formateur à l'ISTS – qui en moins d'une semaine et à partir des dessins très précis fournis par François Seguin, réalisa une modélisation animée du dispositif scénique. Ce travail, sur Inventor, avait deux buts : disposer d'une « maquette » réaliste de l'objet pour appréhender intuitivement le dimensionnement des bras, des monocycles et pouvoir faire évoluer presque en temps réel la maquette en fonction des impressions visuelles mécaniques ou des premiers calculs.
La deuxième raison fut de disposer d'un outil permettant de faire valider par le metteur en scène les vitesses et les évolutions du modèle. Cette étape a permis un choix des motorisations, des rapports de réduction à envisager et la façon dont les opérateurs utiliseraient la machine en répétition, puis en jeu.
Loïc Durand apportait parallèlement son expertise et des solutions techniques au problème posé pour ce qu'il qualifiait lui-même : « D'un objet facile à rater, difficile à réussir ».
Nous avons posé les bases d'une sorte de manège dont toute la partie mécanique de guidage et de motorisation s'est trouvée dissimulée dans l'épaisseur du praticable. Sept cerces concentriques, guidées par des ensembles de galets disposés à des espacements réguliers ont été mises en mouvement par des moteurs électriques. Soudés rigidement à ces cerces, les monocycles planètes tournent un peu comme des chevaux de bois d'un manège. Des bras de liaison, en poutre d'aluminium, relient les monocyles au mât central. Des cages en deux parties, contenant les collecteurs tournants et les demi-couronnes en ertalon, se referment autour du mât en tube d'acier de 159mm de diamètre. À l'intérieur des cages, les pistes en cuivre, alimentées en 12 V depuis le sommet, alimentent les LEDs dissimulés à l'intérieur des planètes et les petits moteurs électriques assurant leur rotation.
Pour des raisons de coproduction, il fut décidé durant l'été de réduire la « machine », ainsi le diamètre du praticable est passé de 14,80 m à 12 m. De la même façon, les planètes furent réduites, les bras de liaison raccourcis. Il fallait garder à l'objet sa cohérence visuelle tout en assurant à la chanteuse, une liberté d'évolution au centre du trépied central et parmi les planètes. Loïc Durand élabora à la rentrée une nouvelle version de la machine et en précisant les principes fonctionnels, à charge pour notre bureau d'étude de décliner ces dessins en plans d'exécution.
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